Chapitre 2 : Ce matin-là, j'ai menacé mon fils de l'emmener à l'école en pyjama.

Je ne suis pas du matin.

Vraiment pas.

J'aime dormir. J'aime traîner un peu au lit. Et je sais parfaitement que lorsque je n'ai pas assez dormi, je peux devenir franchement grognon.

Le problème, c'est que mes enfants ne sont pas non plus du matin.

Comme on dit, les chiens ne font pas des chats.

Une semaine sur deux, mes enfants sont avec moi. Et après une semaine où je peux organiser mes matinées à mon rythme, le retour des réveils, des petits-déjeuners, des cartables et des horaires d'école demande toujours un petit temps d'adaptation.

Mon compagnon, lui, est tout le contraire.

À sept heures du matin, il est déjà parti travailler. Il a sa routine, ses habitudes, son organisation.

Je l'admire.

De loin.

Depuis mon lit, si possible.

Mais les semaines où les enfants sont là, pas le choix. Je me lève plus tôt, je prépare le petit-déjeuner, je les réveille et je m'assure que tout le monde soit prêt à temps.

Enfin, j'essaie.

Ce matin-là, j'avais une réunion importante au travail.

Il fallait absolument partir à l'heure.

Mon grand se préparait de son côté. Avec quelques rappels, notamment sur le fait que se brosser les dents n'était pas une option, il avait fini par être prêt.

Mon petit, lui, avait d'autres projets.

Son zoo en Duplo.

Visiblement, ses animaux avaient beaucoup plus besoin de lui que ses vêtements.

Avant d'aller prendre ma douche, je l'avais prévenu :

« Dans dix minutes, on part. Tu vas t'habiller, d'accord ? »

« Oui, maman ! »

Cinq minutes plus tard :

« N'oublie pas, on part bientôt ! »

« Oui, maman ! »

Tout semblait sous contrôle.

Jusqu'à ce que je sorte de la salle de bain.

Il était toujours en pyjama.

Au milieu de son zoo.

Et nous étions déjà en retard.

Je crois que tous les parents connaissent ce moment où l'on sent la patience quitter lentement son corps.

Moi, ce matin-là, elle était déjà partie depuis longtemps.

« Mais pourquoi tu n'es toujours pas habillé ? Je t'ai prévenu plusieurs fois ! »

Il continuait à jouer.

Alors j'ai sorti la phrase que je regretterais quelques secondes plus tard :

« Je compte jusqu'à trois ! Si tu n'es pas habillé, tu vas à l'école en pyjama ! »

Un.

Deux.

Trois.

Et comme si crier allait miraculeusement accélérer les choses, j'ai haussé encore davantage la voix.

Mon fils s'est mis à pleurer.

Il s'est recroquevillé, les mains devant le visage, comme pour se protéger.

Puis il est descendu mettre ses chaussures.

Toujours en pyjama.

Je l'ai regardé, complètement déconcertée.

« Mais pourquoi tu ne t'habilles pas ? »

Et là, entre deux sanglots, il m'a répondu :

« Mais maman, tu m'as dit que j'irais en pyjama. »

Je suis restée silencieuse.

Il avait raison.

C'était exactement ce que j'avais dit.

Et lui m'avait prise au mot.

Je ne sais pas ce qui m'a le plus surprise. Qu'il ait vraiment cru que j'allais l'envoyer à l'école en pyjama, ou que, dans toute cette histoire, ce soit finalement lui qui ait suivi les consignes.

Je me suis approchée.

Il était encore recroquevillé, les mains devant le visage.

Il m'a regardée du coin de l'œil, les joues mouillées de larmes.

Et d'une toute petite voix, il m'a dit :

« Je n'aime pas quand tu cries, maman. »

Là, je n'avais plus du tout envie de crier.

Je crois que c'est son regard qui m'a le plus marquée.

Je voulais qu'il se dépêche. Qu'il m'écoute. Qu'on arrive à l'heure.

Et j'avais fini par lui faire peur.

Je me suis accroupie près de lui et je lui ai demandé pardon.

Pas de grand discours.

Je lui ai simplement dit que je n'aurais pas dû crier.

Et que j'étais désolée.

Il fallait toujours s'habiller, récupérer nos affaires et partir.

Sauf que maintenant, nous étions vraiment en retard.

Et le bus, lui, n'avait manifestement pas prévu de nous attendre.

Nous sommes donc partis à pied.

D'abord d'un pas rapide.

Puis un peu moins.

L'air frais du matin nous a fait du bien.

À lui comme à moi.

En marchant, j'ai repensé à ce qu'il m'avait dit.

Et j'ai repris notre conversation.

« Tu sais, mon cœur, il y a quelque chose que je voudrais t'expliquer. Ce n'est pas parce que maman dit quelque chose que c'est forcément vrai. »

Il m'a regardée, surpris.

« Parfois, quand je suis en colère, je dis des choses sans réfléchir. Comme ce matin avec le pyjama. Je ne voulais pas vraiment que tu ailles à l'école comme ça. J'étais stressée et je n'ai pas choisi les bons mots. »

Je lui ai expliqué que les adultes aussi pouvaient se tromper.

Que moi aussi, je pouvais dire des bêtises.

Et qu'il avait le droit de me poser des questions, de ne pas être d'accord et même de douter de ce que je disais.

Parce que je voulais qu'il me fasse confiance, oui.

Mais pas qu'il me croie aveuglément.

Je voulais qu'il apprenne à réfléchir par lui-même.

Je ne sais pas exactement ce qu'il a retenu de cette conversation.

Peut-être beaucoup.

Peut-être simplement que sa maman peut dire des bêtises.

Ce qui, entre nous, est déjà une information assez utile.

Puis nous avons regardé l'heure.

Et nous nous sommes remis à courir.

Parce que les grandes conversations sur les émotions, c'est bien joli, mais l'école n'attend pas.

Ce matin-là, je n'ai pas été la maman patiente que j'aurais aimé être.

J'ai crié.

J'ai menacé.

Nous avons raté le bus.

Et je suis arrivée en retard.

Mais nous avons aussi parlé.

Je lui ai demandé pardon.

Il a osé me dire ce qu'il n'aimait pas.

Et nous avons terminé le chemin ensemble, en courant.

Je ne sais pas si demain matin sera plus facile.

Il y aura probablement encore des chaussures introuvables, des rappels pour se brosser les dents et un zoo en Duplo qui réclamera toute l'attention de mon fils.

Et moi, je serai probablement toujours aussi peu du matin.

Mais j'espère me souvenir de cette petite phrase :

« Mais maman, tu m'as dit que j'irais en pyjama. »

Parce qu'elle m'a rappelé quelque chose que j'oublie parfois.

Mes enfants ne retiennent pas seulement ce que j'essaie de leur apprendre.

Ils entendent aussi ce que je dis quand je suis fatiguée, pressée ou dépassée.

Je ne peux pas toujours choisir ce que je ressens. Mais je peux essayer de faire plus attention à ce que j'en fais.

Je n'y arriverai pas tous les jours.

Mais je peux toujours revenir, expliquer et demander pardon.

Après tout, je leur demande d'apprendre à grandir. Je peux bien continuer à apprendre avec eux.

Et chez vous, c'est quoi la petite phrase sortie trop vite que vos enfants n'ont jamais oubliée ?

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Chapitre 1 : Le jour où j'ai compris que mon fils n'avait pas besoin d'être changé.