Journal des émotions #1 : Le jour où j'ai compris que mon fils n'avait pas besoin d'être changé.

Journal des émotions chapitre, maman qui découvre les émotions de son enfant

Le rendez-vous que je n’avais pas vu venir

Il y a des souvenirs qu'une mère n'oublie jamais.

Moi, je me souviens parfaitement d'un rendez-vous à la maternelle. Mon fils avait à peine trois ans.

La directrice nous avait demandé de venir la rencontrer.

Je ne me suis pas inquiétée. J'ai pensé qu'elle voulait simplement nous parler de son adaptation, de ses premiers jours à l'école ou nous raconter une petite anecdote.

Mais la conversation a pris une toute autre direction.

Nous nous sommes assis en face d'elle et j'ai entendu des phrases que je n'aurais jamais imaginé entendre à propos de mon enfant.

« Il a du mal à se concentrer. »

« Il interrompt souvent la classe. »

« Il ne suit pas les consignes. »

« Il a des difficultés à s'intégrer au groupe. »

Pendant qu'elle parlait, je n'arrêtais pas de me demander si nous parlions du même enfant.

Parce que celui que je connaissais à la maison était tout autre.

C'était un petit garçon capable de passer des heures à construire des villes imaginaires avec ses Lego.

Un enfant qui adorait les histoires du soir.

Qui me serrait très fort dans ses bras et qui m'a dit un jour une phrase que je garderai toujours dans mon cœur :

« Maman… j'ai des frissons d'amour. »

Comment pouvait-il être ce même enfant dont on me parlait à l'école ?

Je suis sortie de cette réunion avec un nœud dans l'estomac.

Et ce nœud m'a accompagnée pendant longtemps.

Quand la culpabilité s’installe

Chaque fois que j'allais le chercher à l'école, je n'avais plus cette joie de retrouver mon enfant.

J'avais peur.

Peur d'entendre ce qui s'était encore passé ce jour-là.

Sans m'en rendre compte, j'étais en train de perdre l'un des plus beaux moments de la maternité.

À la place, une autre émotion s'est installée.

La culpabilité.

Parce que lorsqu'on remet en question notre enfant, on finit presque toujours par se remettre soi-même en question.

Est-ce que je suis une bonne mère ?

Est-ce que j'ai raté quelque chose ?

Je crois que peu de questions font aussi mal que celles-là.

Les étiquettes qu’on colle aux enfants

Les rendez-vous se sont multipliés.

Puis sont venus les psychologues.

Les neuropédiatres.

Les bilans.

Les questionnaires.

Chaque professionnel apportait son regard.

Et, peu à peu, j'avais l'impression que mon fils collectionnait les étiquettes.

« Distrait. »

« Impulsif. »

« Trop sensible. »

« Élève difficile. »

Ces mots me faisaient mal.

Parce que, pour moi, il n'était rien de tout cela.

C'était un enfant avec un immense cœur.

Le premier à prendre quelqu'un dans ses bras lorsqu'il le voyait pleurer.

Le premier à s'émerveiller devant les petites choses.

Finalement, nous avons reçu un diagnostic qui mettait un nom sur une partie de ses difficultés : un TDAH associé à une très grande hypersensibilité.

La question qui a tout changé

Étonnamment, ce diagnostic n'a pas changé mon fils.

C'est moi qu'il a changée.

J'ai arrêté de me demander :

« Qu'est-ce qui ne va pas chez mon fils ? »

Pour commencer à me demander :

« De quoi mon fils a-t-il besoin ? »

Cette simple question a transformé notre façon d'être parents.

Comprendre avant de corriger

Je me suis mise à lire tout ce que je pouvais sur le développement de l'enfant, l'attachement, les neurosciences et la régulation émotionnelle.

J'ai découvert qu'aucun enfant ne naît en sachant gérer ses émotions.

Qu'une colère cache souvent une frustration.

Qu'une crise est parfois l'expression d'un besoin que l'enfant ne sait pas encore mettre en mots.

Et qu'avant d'être corrigé, un enfant a besoin de se sentir compris.

Mon fils est devenu mon professeur

Je croyais alors que j'allais apprendre à mieux comprendre mon fils.

En réalité, j'allais surtout apprendre à mieux me comprendre moi-même.

La plus grande découverte ne concernait pas mon enfant.

Elle me concernait, moi.

En essayant de comprendre ses émotions, j'ai commencé à rencontrer les miennes.

J'ai découvert combien il m'était difficile de gérer mon propre stress.

Combien de réactions automatiques venaient de mon histoire.

Combien de blessures de mon enfance étaient encore là, silencieuses.

Sans le savoir, mon fils était devenu mon plus grand professeur.

Pendant qu'il apprenait à apprivoiser ses émotions, j'apprenais à apprivoiser les miennes.

Le début du Journal des Émotions

Aujourd'hui, avec le recul, je ne vois plus ce rendez-vous à la maternelle comme le début d'un problème.

Je le vois comme le début d'un changement de regard.

J'ai compris qu'avant de vouloir corriger un comportement, il fallait essayer de comprendre ce qu'il cherchait à exprimer.

Qu'un enfant ne se résume jamais à ses réactions.

Qu'avant d'avoir besoin qu'on le corrige, il a besoin de se sentir compris.

Ce jour-là, j'ai arrêté d'essayer de changer mon fils.

J'ai commencé à apprendre à le comprendre.

Et, sans le savoir, cette décision allait transformer bien plus que notre façon d'éduquer.

Elle allait changer notre façon de vivre les émotions, en famille.

C'est cette aventure que j'ai envie de partager avec vous, une page après l'autre.

Bienvenue dans Le Journal des Émotions.

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